GIORNALE 10

Point de vue d’expert: Les États-Unis à la recherche des emplois perdus

En janvier, pour le troisième mois consécutifs, les États-Unis ont détruit plus d’un demi-million d’emplois. A ce rythme, le chômage dépasserait les 10% dans six mois. Dans ce contexte, le plan de relance ….

(American Recovery and Reinvestment Act ou ARRA) approuvé par le Sénat mardi suscite beaucoup d’espoirs. Ce plan a pour objectif de créer ou sauvegarder entre 3 et 4 millions d’emplois. Ses détracteurs avancent que ces mesures sont trop tardives ou qu’elles relèvent davantage de l’électoralisme que du bon sens. Nous considérons que le plan ARRA donnera une impulsion salutaire à l’économie américaine et qu’associée aux autres mesures prises par les autorités publiques, elle devrait permettre d’éviter la dépression. Pour nous, le véritable danger réside dans les accents protectionnistes des projets de relance du gouvernement américain.

Rentabiliser les mesures de soutien

Le plan ARRA mise sur un ensemble de mesures. Les dépenses d’infrastructure constituent la meilleure solution pour relancer la création d’emplois et garantir le potentiel de croissance économique à moyen terme. Toutefois, leur mise en oeuvre prend du temps, contrairement aux mesures de soutien au pouvoir d’achat (baisses d’impôt ou transferts sociaux). Les baisses d’impôt d’achat pêchent généralement en efficacité, car une bonne partie des sommes est épargnée ou sert au remboursement de la dette. Elles n’ont par ailleurs qu’un impact indirect sur la création d’emplois et encore, à condition que les ménages dépensent. Les transferts sociaux (allocations chômage, aides en nature, etc.) sont plus efficaces car ils concernent les populations les plus défavorisées, donc les plus susceptibles de consommer les aides. Les subventions du gouvernement fédéral aux programmes de dépenses publiques (santé, éducation) sont bienvenues car ces programmes auraient du couper dans leur dépenses. Cela bénéficiera non seulement aux bénéficiaires des programmes, mais également aux personnes qu’ils emploient.

Une situation comparable à celle du Japon ?

Certains détracteurs établissent un parallèle avec la « décennie perdue » du Japon : entre 1992 et 2000, les autorités nippones injectèrent 135 000 milliards de yens (6,7% du PIB), dont 55 000 milliards dans des programmes de travaux publics. Durant cette période, le pays a enregistré des performances économiques maussades, avec une croissance moyenne de tout juste 1% par an. Selon nous, les déboires du Japon sont imputables à d’autres facteurs.

Trop tard : après l’éclatement des bulles immobilière et actions, les politiques de relance ont été beaucoup trop tardives: la Banque du Japon n’a mis en oeuvre sa politique de taux zéro qu’au printemps 1999 ! En outre, le yen s’est brutalement apprécié au début des années 90, avec une hausse de son taux de change effectif de 57% entre 1991 et 1995. A la différence, les autorités américaines sont intervenues rapidement : la Fed a introduit une politique de taux zéro fin 2008, soit à peine un an après le début de la crise. Par ailleurs, le dollar s’est apprécié, mais seulement de 6% depuis l’été 2007.

Ajustement tardif des canaux du crédit : L’ajustement du secteur financier japonais a été extrêmement long, et les canaux du crédit n’ont pas fonctionnés pendant très longtemps. Une fois encore, la situation contraste avec celle des États- Unis, où les autorités sont intervenues immédiatement après la faillite de Lehman Brother pour soutenir le circuit du crédit.

Électoralisme : Une part importante des dépenses dévolues aux travaux publics au Japon a été débloquée plus pour des motifs électoralistes que dans un souci d’efficacité économique. Refaire les routes dans les zones rurales permet de s’assurer les votes des hommes politiques locaux, mais a peu d’impact sur la croissance économique. Certains craignent le même phénomène aux États-Unis. Le plan ARRA doit être appliqué rapidement : il est inévitable que certaines initiatives soient considérées comme électoralistes et ce, malgré les efforts déployés en matière de responsabilité et de transparence.

A nos yeux, les politiques américains ont clairement tiré les leçons de la « décennie perdue » japonaise, et l’ensemble des mesures monétaires, budgétaires et de soutien du secteur bancaire devraient permettre de renverser les pressions déflationnistes.

Le véritable risque : les mesures de protectionnisme

Pour nous, le véritable danger du plan ARRA est sa clause « Buy American » (acheter américain). Certes, cette disposition a été atténuée dans le projet de loi final (la restriction ne s’appliquerait qu’au fer, à l’acier et aux biens manufacturés et devait respecter les accords commerciaux internationaux). Mais elle n’en reste pas moins un motif d’inquiétude. Son respect s’accompagnera de représailles de la part des principaux partenaires commerciaux des États-Unis, qui ne manqueront pas de se plaindre auprès de l’OMC. Au final, cette mesure risque même de se traduire par des suppressions d’emplois dans les secteurs exportateurs. Par ailleurs, certains pays pourraient chercher à dévaluer leur devise pour renforcer leur compétitivité. La Grande dépression nous a pourtant appris que le protectionnisme entraîne une perte économique pour tous. Cependant, certains semblent avoir la mémoire bien courte et c’est à nos yeux le principal risque à surveiller.

Source: SGAM ETF Newsletter – Michala Marcussen


Newsletter
J'ai lu la politique de Privacy
et j'autorise le traitement de mes données personnelles aux fins qui y sont indiquées.

Newsletter ETFWorld.fr

J'ai lu la politique de Privacy
et j'autorise le traitement de mes données personnelles aux fins qui y sont indiquées.